Historique


HISTOIRE DE LA SYNAGOGUE DU RAINCY

« Ils me construiront un sanctuaire et je résiderai au milieu d’eux (Chemot 25,8). »

L’histoire des communautés juives de la proche banlieue reste peu connue. Signalons cependant deux ouvrages récents, qui comblent en partie combler cette lacune :
la thèse de Jean Laloum sur les juifs de Montreuil, Bagnolet et Vincennes, et un ouvrage collectif consacré à la communauté de Neuilly-sur-Seine. Une vie juive  intense existait aussi en d’autres lieux, en particulier à Livry-Gargan, Aulnay sous Bois, Le Raincy ou La Varenne-Saint-Hilaire, autour des synagogues.

Le Raincy, où des familles aisées se sont installées à l’époque, est connu comme « le Neuilly de l’Est parisien ». Une association cultuelle y est fondée en 1926.  Cependant, tous les fidèles ne se recrutent pas dans la haute bourgeoisie ; si certains sont industriels ou diamantaires, d’autres, moins aisés, habitent plutôt  Gagny ou Villemomble.

La rareté des documents ne permet pas de retracer précisément la genèse de la synagogue. On sait seulement qu’en mars 1929 la communauté traite avec l’Association  Consistoriale Israélite de Paris pour sa construction. En avril, le débat continue, mais le consistoire de Paris éprouve des difficultés financières car il  construit à cette époque la synagogue de Belleville, et n’est déjà pas en mesure d’envisager la réfection de celle de Montmartre, rue Sainte-Isaure. De plus des  négociations sont en cours pour l’achat d’un pavillon à Champigny-sur-Marne pour en faire un oratoire. Des collectes sont alors organisées et les fonds recueillis  permettent d’envisager d’autres travaux.

La synagogue du Raincy peut donc être construite en 1930, et l’inauguration a lieu le 6 septembre 1931. Mais il faut ensuite tempérer les dépenses, Albert Manuel  soulignant « que les derniers travaux ont absorbé au-delà du produit de la collecte et qu’il y a donc lieu pour le Consistoire de s’abstenir de tout engagement de  crédit pendant un an ou deux ». Ces difficultés financières dureront toute la décennie. La crise économique et la désaffection religieuse au profit d’autres formes  d’engagement en sont les principales causes.

Cette synagogue est très différente de celles de Livry-Gargan ou d’Aulnay, dont les façades et les murs extérieurs sont simplement peints. Ici, le parement est  composé de briques ocres en façade et sur les murs latéraux. Le porche d’entrée, voûté en berceau supporté par deux colonnes à chapiteaux ouvragés, précède un  vestibule qui conduit à la salle de prières. Les dimensions sont de 15,50 m de longueur sur 8,90 de largeur. Au fond de la salle, face à la porte d’entrée, après  avoir monté quelques marches, on accède au pupitre de lecture placé devant l’arche sainte. La tribune pour les dames, en pleine largeur, est logée au-dessus de  l’entrée ; elle n’est pas très grande : l’accès par l’escalier diminue le nombre de sièges. Le relevé réalisé avant les travaux de réfection récents comporte 150  places pour les hommes et 40 pour les femmes. Les murs à l’intérieur sont nus, sans aucune décoration. Quelques vitraux éclairent la salle orientée vers l’ouest.

L’architecte, Henri Guimoneau, a conçu un ensemble d’une rigueur exemplaire. Le seul apparat est conféré en façade par le porche, une triple ouverture au-dessus  qui rappelle discrètement celle des églises, et les tables de la Loi au pignon. Dans l’arc du berceau, au-dessus du porche, est logée une étoile à six branches  en fer forgé. À chaque angle du bâtiment est placé, en acrotère, un petit disque en ciment comportant le même symbole.

Quel contraste avec les synagogues parisiennes, anciennes ou récentes ! En 1930 Germain Debré, l’architecte du consistoire, construit celle de Belleville, bel  exemple de style international : aucune influence, pourtant il assure le suivi des travaux. Henri Guimoneau est un maître d’œuvre local. Une question apparaît  donc en filigrane : comment et pourquoi est-on allé chercher un architecte en dehors de l’institution ? Qui a choisi, qui a décidé ? La communauté avait-elle  financièrement les moyens d’imposer son choix ? Ce n’est guère crédible : tardant à rembourser sa quote-part du financement des travaux, son président se fait  sermonner et rappeler à l’ordre. Malgré leur désir d’enracinement, l’histoire des juifs en banlieue n’a pas été toujours idyllique, surtout entre 1939 et 1945,  mais la synagogue du Raincy n’a pas souffert de la guerre et est toujours en service.

Pendant la guerre, de 1939 à 1945, la synagogue ne connut pratiquement pas d’activité, les juifs de la communauté, comme tous ceux de France, cherchant à se  cacher pour échapper à la déportation, à l’assassinat dans les camps d’extermination et à la disparition de toute trace de leur existence dans les fumées des  fours crématoires.

A la fin de la guerre, en 1945, la synagogue reprit du service avec les rescapés de la communauté (peu nombreux) et de nouveau arrivants dans la région.
L’assistance était réduite et le quorum de 10 hommes majeurs, nécessaires pour le culte collectif, n’était pas toujours atteint, même le Chabbat (samedi,
jour de repos hebdomadaire dans la religion juive). Le président du conseil d’administration était M. Idon Hirsch (gendre du dernier président d’avant-guerre,  M. Edmond Dreyfus victime de la Shoa) et le rabbin M. Meyer.

La communauté s’agrandit à nouveau à partir de 1962 avec l’arrivée de nombreux rapatriés d’Afrique du Nord et de réfugiés juifs chassés des pays arabes.

A partir de 1988, le nombre de places dans la synagogue, et surtout celles réservées aux femmes, devint insuffisant et en particulier lors des fêtes les plus  importantes : Roch Hachana (Nouvel An) et Yom Kippour (Grand Pardon). Les fidèles commencèrent à penser à un agrandissement qui serait jumelé avec une  réorientation car la synagogue avait été orientée vers l’ouest à sa construction alors que la tradition, depuis toujours, demande une orientation vers Jérusalem,  c’est à dire vers l’est. Le conseil d’administration, lors d’une de ses réunions, décida alors d’effectuer les travaux dès que leur financement serait possible.
Il se mit à la recherche d’un architecte et lança une collecte financière.

Quelques temps après, en 1993, une visite de la commission locale de sécurité interdit l’accès de plus de 19 femmes dans l’espace qui leur était réservé pour des  raisons de possibilités d’évacuation en cas de sinistre et de solidité des structures. La transformation de la synagogue devenait donc extrêmement urgente. La collecte  de fonds s’accéléra, l’architecte fut désigné et l’autorisation de travaux fut demandée à l’Association Consistoriale Israélite de Paris (ACIP), propriétaire des lieux  qui en tant que tel devait également effectuer toutes les démarches administratives et régler les factures. Cette autorisation ne fut pas des plus simples à obtenir  car l’ACIP, comme lors de la construction de la synagogue, en 1930, avait des difficultés financières dues à plusieurs constructions simultanées.

Après examen par l’ACIP des plans et de la maquette réalisés par M. Jacob Smadja, architecte au Raincy et membre de la communauté, et des devis des entreprises consultées,  après versement par la communauté de la moitié de la somme nécessaire et l’engagement auprès de l’ACIP de régler le solde en cinq ou six ans au maximum, le premier coup de  pioche fut donné au mois de mai 1995. Sous la direction de M. Smadja et avec le contrôle du bureau Véritas, les travaux se poursuivirent jusqu’en avril 1996 soit  pendant 11 mois. La communauté put prendre possession des locaux entièrement transformés et aux normes de sécurité les plus récentes, de sa synagogue réorientée et dirigée  vers Jérusalem pour la fête de Pessach (Pâque juive) qui commémore la sortie d’Egypte du peuple hébreu il y a quelques 3500 ans.

A l’extérieur rien de changé. Par contre l’intérieur est méconnaissable. Aux lignes droites et à l’austérité originelle ont succédé des formes arrondies qui inspirent le  calme et le recueillement. La galerie des dames, placée dans le fond de la synagogue pendant plus de 60 ans, fait maintenant le tour de la salle, à gauche, à droite et au  fond et peut recevoir en toute légalité 99 personnes au lieu de 19. La Téba (tribune de lecture) a été placée au centre de la synagogue, permettant une meilleure audition de  l’officiant et de ce fait une meilleure participation des fidèles à la prière. Le sous-sol a été entièrement aménagé et reçoit maintenant des locaux annexes.

La communauté a pris possession de ses locaux rénovés avec un plaisir évident. Seul inconvénient, cinq ans après la fin des travaux, attirant de nouveaux fidèles par leur  esthétique et leur fonctionnalité, ils sont de nouveau en passe de devenir trop petits. Cinq ans après, la communauté a aussi tenu sa promesse de régler toutes ses dettes et  remercie l’ACIP et les communes de Gagny, Le Raincy et Villemomble pour l’aide apportée pour cette réalisation.

Le 12 janvier 1996 la synagogue fut réinaugurée en présence du grand rabbin de France, du grand rabbin de Paris, de nombreux grands rabbins et rabbins, de M. Eric Raoult,  Maire du Raincy et ministre de la Ville, de M. Robert Calméjane, sénateur maire de Villemomble, de M. Michel Teulet, maire de Gagny, du sous préfet du Raincy et de nombreuses  personnalités. Depuis cette date, elle porte le nom de « Grand Rabbin Henri Schilli » à la mémoire d’un des tous premiers rabbins du Raincy devenu plus tard Directeur du Séminaire
Israélite de France pour la formation des rabbins.

 

En echo au jumelage entre la ville du Raincy et la ville de Yavné en Israël, la communauté entreprit de réaliser en 2004 une nouvelle porte de l’arche « Ekhal » qui  renferme les rouleaux de la Torah, à l’identique de celle de la Synagogue de Yavné. Les travaux qui viennent d’être réalisés et que souligne l’inauguration du 6 avril 2014,  apportent un réél embellissement de la synagogue.